Troisième samedi de suite dans la rue. Et cette fois, le calendrier a invité les citrouilles.
Selon notre post Instagram du jour : 320 000 personnes d’après le ministère de l’Intérieur, 500 000 d’après les organisateurs. Sur le 24 octobre comme sur le 17, les cortèges étaient déjà costauds. Celui-là avait en plus des ailes de fée.
Le décor ? Un couvre-feu de 23 h à 6 h dans les secteurs République et Les Halles (Cendrillon, version préfecture), des parcours repoussés, et, toujours d’après notre post, un avertissement du ministre de l’Intérieur : pas de masque d’Halloween près des cortèges. Se cacher le visage en manif, c’est un délit : jusqu’à un an de prison et 15 000 € d’amende (article 431-9-1 du Code pénal).
Bref, cette année, ce qui faisait peur au gouvernement, c’était pas les fantômes 👻
Résultat ? Elles sont venues quand même. Celle de la une a sorti le masque vénitien, la cape noire et le plus grand sourire de la journée, pile devant une rangée de fourgons, avec un carton signé Victor Hugo : « À trop vouloir l’ordre, on finit par engendrer le chaos. »
Voilà les 15 meufs qui nous ont arrêtées en chemin, avec nos commentaires pas toujours sages.
Celles qui ont sorti le costume
Quand on te dit « pas de masque », tu sors la perruque, les ailes et le tricorne.

Marianne, bâillonnée mais hilare. Bonnet phrygien, écharpe tricolore, et une main plaquée sur sa bouche avec un nom écrit au feutre dessus. Elle rit quand même : la République, version « tu peux me faire taire, je continue de sourire ».

Eh oh, les Télétubbies ont des opinions. Leur ventre est un écran : les drapeaux du Brésil et de la Serbie sur la rouge, des portraits collés sur la verte. Le drapeau brésilien tombe bien : on vient de raconter ce que Lula a vraiment changé pour les femmes.

Patty et Selma ont quitté leur guichet. Les sœurs jumelles de Marge Simpson, employées du bureau des véhicules à moteur de Springfield, version manif : perruques fuchsia, gants de ménage, chaussons à poils. Manifester en peignoir, niveau de confort ultime. Et la copinerie à toute épreuve, comme dans les green flags d’une vraie amitié, c’est le bonus.

« Fée payer les riches. » Le jeu de mots était trop beau pour ne pas déguiser l’auteure en fée. À côté, un alien en maillot de Marseille tient un carton au logo qui sourit d’habitude, la bouche à l’envers. Le premier extraterrestre venu râler sur ses frais de livraison.

Halloween, version maintien de l’ordre. Un écusson « CRN », une visière tachée de faux sang, deux mains en plastique ensanglantées posées sur les épaules, et le poing levé quand même. Le sang est faux. Les violences policières, elles, ne le sont pas.

La pirate bretonne. Tricorne, pantalon bouffant, et un drapeau breton plus grand qu’elle. À l’abordage, moussaillonnes.
Celles qui ont des références
Une bonne pancarte, c’est un dessin, une chanson ou un meme qu’on tord dans le bon sens.

« Et si tu crois que c’est fini… jamais. » Lettres bleues, « jamais » en rose, et Céline Dion au micro, découpée et collée sur le carton. Trois samedis de suite dans la rue, et la réponse est la même : c’est pas fini. Si Céline le dit, on la croit.

« Oh non… mes droits, oh zuuut. » Une girafe aux yeux fermés et au collier de perles, qui constate la catastrophe sans élever la voix. Un meme dont on n’avait pas la référence, on l’avoue. Si tu l’as, dis-nous d’où il vient.

« La révolution sans lutte des classes, c’est juste la Terre qui fait une fois le tour du soleil. » Une révolution, c’est un tour complet. Sans lutte, c’est donc une année de plus et un gâteau d’anniversaire.
Celles qui répondent
À un slogan, à un décor, à deux poids deux mesures (le fameux double standard). Elles ont pris un bon feutre, et ça se voit.

« Vous protégez les magasins mieux que les femmes. » « Femmes » en violet, comme une évidence qu’on ne devrait pas avoir à souligner. Un sujet creusé avec le 25 novembre, journée contre les violences faites aux femmes : question de priorités. À côté, « Le dîner de cons », portraits collés au ciseau.

« Jusqu’où ira la répression ? » Maquillage de squelette, gilet jaune troué, lettres qui dégoulinent. Elle a sorti le déguisement d’Halloween pour poser la question qui fait vraiment peur. On l’avait déjà posée avec les lacrymos et les règles, neuf jours plus tôt, et personne n’y a répondu.

« Est-ce que j’ai l’air d’une violence urbaine ? » Un ours qui ouvre les bras, des cœurs en papier et « Écoutez les jeunes » en toutes lettres. Dessin signé Ben, porté dans le dos comme un câlin offert au cortège. Réponse du jury : non, et on prend le câlin.

« Votre nostalgie sent la collaboration. » Deux cartons dans le même cadre : une licorne arc-en-ciel signée « Génération Why 67 », et cette phrase en lettres vertes, bleues et rouges. À garder pour la fin du repas de famille, entre le fromage et le dessert.
Celles qui viennent à plusieurs
Rien n’est plus rassurant qu’un cortège qui avance en famille. Et la famille qu’on se choisit, c’est la sororité : on s’y fait des amies jusque dans la rue.

« Mère et fille en colère, jeunesse en enfer. » Chauves-souris en papier, voile taché de faux sang, gants de squelette et appareil photo jetable. Deux générations, un seul cortège. La photo de famille de l’année.

« Rêver ensemble. » Un nuage de carton sur un bâton, deux mots, et le plus grand sourire de la journée. Trois samedis qu’on rêve ensemble, et on n’a pas fini.
Et toi, t’y étais ?
On nous a longtemps traitées de sorcières. Aujourd’hui, on le prend comme un compliment 🧹
Les balais sont prêts pour le prochain rendez-vous : la grève du 5 novembre, appelée par la CFDT, la CGT, FO, l’Unsa et la FSU. En attendant, depuis le 8 mars 1917, c’est un peu toujours la même histoire : elles n’ont pas attendu qu’on leur fasse de la place, et elles prennent toute la place.
Si tu y étais, raconte-nous sur Les Martines le costume ou la pancarte qui t’a fait sourire.
T’y étais ? Quel déguisement t’a le plus marquée ? Raconte-nous.




