La façon dont tu parles des meufs dit qui tu es. Pas ce que tu dis d’elles. La façon dont tu le dis.
Fais le test : dire “elle est reloue” ou dire “elle sait ce qu’elle veut”. Ça ne raconte pas la même chose. Pourtant, ça peut décrire exactement la même personne, dans la même situation, en train de faire exactement la même chose.
Deux mots, deux personnes différentes (qui n’existent pas)
Même personne. Même comportement. Deux images opposées, construites par un seul choix de mot.
Trois fois le même mécanisme : un mot plus dur d’un côté, un mot plus flatteur de l’autre, pour décrire exactement la même personne.
Le problème, ce n’est pas qu’on ment. C’est plus vicieux que ça : tu crois parler d’elle. Mais ton cerveau fait autre chose. Il te colle les traits que tu attribues aux autres, sans que tu t’en rendes compte.
Ça porte un nom : le biais de confirmation. Une fois qu’on a décidé qu’une meuf est “reloue”, chaque nouvelle info qu’on reçoit sur elle est filtrée pour confirmer ce premier jugement. Ses qualités deviennent suspectes. Ses défauts deviennent des preuves. Le mot de départ a déjà tout décidé, avant même que la personne ait pu se montrer autrement.
Le même mécanisme existe pour les émotions. Un homme qui hausse le ton en réunion ? Il “s’énerve”, il “pète un câble”, et ça passe pour de la passion pour son sujet. Une femme qui fait exactement la même chose, avec la même intensité ? Elle devient “hystérique”. Un mot qui, historiquement, servait carrément de diagnostic médical pour enfermer des femmes jugées trop expressives. Le vocabulaire n’a pas juste évolué avec le temps : il a gardé sa fonction de départ, celle de discréditer une émotion selon qui la montre.
Une vraie étude a mesuré le truc
Ça peut sembler être un simple ressenti. Ça ne l’est pas. En 2014, la linguiste Kieran Snyder a analysé 248 évaluations professionnelles, dans 28 entreprises tech, rédigées pour 180 salarié·es. Même diplômes. Même postes. Mêmes objectifs à atteindre.
Résultat : le mot “abrasive” (“dure”, “cassante”) apparaît 17 fois dans les évaluations des femmes. Chez les hommes, évalués sur les mêmes critères, dans les mêmes entreprises ? Jamais.
Et ce n’est pas un mot isolé. Des remarques du type “surveille ton ton”, “prends du recul” apparaissaient massivement dans les évaluations critiques reçues par des femmes, beaucoup plus rarement chez les hommes.
Mêmes postes. Mêmes entreprises. Mêmes comportements évalués. Un vocabulaire radicalement différent.
Tes mots construisent une image, en temps réel
Voilà le vrai sujet. Tes mots ne décrivent pas juste une personne. Ils construisent son image, en temps réel, dans la tête de la personne qui t’écoute.
Répète-le une fois : “elle est reloue”. Deux fois. Trois fois. À la fin, personne dans la pièce n’a besoin de la connaître pour se faire un avis sur elle. Tu viens de le construire à sa place.
Et le pire, c’est que ce mécanisme ne vient pas que des hommes. Les femmes se le refont entre elles, tout le temps, sans même s’en rendre compte. Une collègue qui prend sa place en réunion devient “autoritaire” dans la bouche d’une autre femme, alors que le même geste chez un collègue passe pour du leadership normal. Le biais ne choisit pas son camp. Il se reproduit partout où le vocabulaire n’est jamais questionné.
La prochaine fois qu’on te sort qu’un simple mot ne change rien, réponds juste : une étude sur plus de 25 000 personnes montre que 63% des hommes les plus performants sont félicités pour leur “ambition”, contre moins de 18% des femmes tout aussi performantes. ( Popcorn prêt 🍿 on attend sa réponse )
La question à se poser avant de parler d’une meuf
La prochaine fois que tu parles d’une meuf, demande-toi juste : est-ce que ça élève, ou est-ce que ça l’abîme aussi ?
Sur Les Martines, le réseau social entre femmes, on fait attention à ce qu’on dit. Pas pour être parfaites. Pour ne pas reproduire ce qu’on subit déjà partout ailleurs.
Envie de papoter sororité, mots qui comptent, ou juste te faire des amies qui font attention à ce qu’elles disent ? Rejoins Les Martines, le réseau social où les meufs se retrouvent entre elles et prennent toute la place.




