Une rose sur ton bureau, un mail RH avec un petit cœur, et une notif de promo sur l’électroménager. Bonne journée de la femme bb.

Sauf que non. Ni “bonne”, ni “de la femme”. ( accroche-toi, ça va piquer )

Osef le Dyson !

Le jour où des ouvrières ont fait tomber un tsar

On commence par le fait le plus dingue, celui que personne ne raconte à la machine à café.

Le 8 mars 1917, à Petrograd, des ouvrières du textile débrayent. Elles réclament du pain, la fin de la guerre, le retour de leurs maris des tranchées. Dans le calendrier julien encore en vigueur en Russie, on est le 23 février : c’est pour ça que les livres d’histoire parlent de “révolution de Février” pour un truc qui tombe un 8 mars chez nous. Les bolcheviks en ont fait le premier jour de la révolution russe.

Cinq jours plus tard, le tsar Nicolas II abdiquait.

Des meufs qui sortent de l’usine parce qu’elles n’ont plus de pain, et un empire qui s’écroule dans la semaine. Et bim.

Cortège de femmes en fichus marchant dans une rue de Petrograd en 1917, devant la boutique N. Abramov, sous le regard de passants Petrograd, 1917 : des femmes défilent vers la Douma pour réclamer du pain, photographiées par James Maxwell Pringle.

Non, il n’y a pas eu de “grève en 1910”

Petite mise au point, et elle vaut d’abord pour nous : on a écrit “des ouvrières en grève en 1910” sur Instagram, et c’était approximatif.

En août 1910, à Copenhague, il n’y a pas eu de grève. Il y a eu une conférence. La deuxième Conférence internationale des femmes socialistes, une centaine de déléguées venues de 17 pays, où Clara Zetkin propose de créer une journée internationale des femmes. Une salle, des débats, un vote. Pas une usine.

Les grèves, elles, sont ailleurs. À New York, entre novembre 1909 et février 1910, 20 000 à 30 000 ouvrières du textile lâchent les ateliers pour réclamer 20 % d’augmentation et la semaine de 52 heures. Des gamines de 16 à 25 ans, immigrées pour la plupart. C’est cette vague-là qui a inspiré Clara Zetkin.

Deux grévistes new-yorkaises en manteau et grand chapeau, portant des écharpes imprimées “Picket Ladies Tailors Strikers” New York, février 1910 : deux grévistes en piquet pendant la grève des ouvrières de la confection.

La frise complète, année par année, on l’a déjà racontée ici. Nous, on file au sujet qui fâche.

Le 8 mars en questions courtes

C’est quoi le 8 mars ? Une journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Pas un anniversaire, pas une fête.

Pourquoi le 8 mars et pas un autre jour ? À cause de Petrograd, 1917.

Journée de la femme ou journée des droits des femmes ? En France, le nom officiel retenu par l’État, c’est journée internationale des droits des femmes. L’ONU, elle, écrit “Journée internationale des femmes”, au pluriel, après avoir longtemps traîné un “de la femme” au singulier corrigé en 2016. Dans les deux cas, plus personne d’officiel ne parle de “la” femme. Ce singulier-là ne survit plus que sur les affiches de promo.

la journée de la femmela journée internationale des droits des femmes

Depuis quand c’est officiel ? L’ONU adopte la résolution 32/142 en 1977. La France suit le 8 mars 1982, sous l’impulsion d’Yvette Roudy, ministre déléguée aux Droits de la femme. Avant ça, c’était déjà un jour de lutte, juste sans tampon officiel.

Mais c’est quand la journée de l’homme ? Le 19 novembre, célébrée depuis 1999. Elle n’est simplement pas reconnue par l’ONU. Voilà, c’est réglé, on peut passer à autre chose.

Les chocolats de la première classe

Ce que la journée est devenue ? La SNCF, 8 mars 2018 : des chocolats offerts aux passagères de l’axe Sud-Est. En première classe uniquement.

Une journée née d’une grève pour du pain, recyclée en boîte de chocolats pour celles qui ont payé le billet le plus cher.

La rédac des Martines

Les 8 cadeaux qu’on veut vraiment (et le 9e)

Alors le 8 mars, gardez vos fleurs, on veut du concret. Voilà la vraie liste de courses.

Un salaire égal à celui des collègues masculins. Livré en virement immédiat, sans conditions. I am the rich man.

22 %d'écart de salaire femmes-hommes, tous temps de travail confondus
vs
14 %d'écart qui reste, même à temps de travail équivalent

Un monde où “c’est quand que tu fais un bébé ?” n’est pas une question légitime en entretien d’embauche. Bonus : une prime pour chaque fois qu’on nous l’a posée. Au passage, c’est déjà illégal. Le Code du travail interdit toute discrimination liée au sexe, à la situation de famille ou à la grossesse (article L1132-1), et les informations demandées à une candidate ne peuvent servir qu’à apprécier sa capacité à occuper le poste (article L1221-6). T’es d’accord hein ?!

Une boîte de chocolats… remplie de jours de congés payés pour charge mentale excessive. Bah ouais, on ne peut pas tout gérer tout le temps. Chaud chocolaattt. (on a détaillé le mécanisme dans la charge mentale, cette chape de plomb)

Un bon pour “ne pas être interrompue en réunion”. Valable sur Zoom, Teams, et même dans la vraie vie. Eh ouais, ma voix compte aussi bb.

Une journée sans “t’as tes règles ou quoi ?”. Utile, rafraîchissant, et recommandé par 100 % des femmes sondées. ( le sondage n’a jamais existé, mais on connaît déjà le résultat ) Sinon, du sang va couler !

Une carte cadeau “partage équitable des tâches ménagères”. Utilisable immédiatement, sans excuses ni négociations. Et je veux que ça brille hein !!

Un abonnement à “ma jupe n’est pas une invitation”. Dispo en version éducative pour les relous du métro. Pas besoin de me montrer que je suis désirable, je le sais déjà.

Un ticket en or massif pour un monde où “elle l’a cherché” est une phrase interdite. Grand prix du progrès social, citation dans Forbes à la clé.

Un vrai statut pour les mères isolées, et ce qu’il faut pour vivre dignement avec ses enfants. Celle-là, on ne l’avait pas écrite : c’est lalignedapres qui l’a ajoutée en commentaire, et elle a eu mille fois raison. Plus de huit parents à la tête d’une famille monoparentale sur dix sont des femmes, et selon l’Insee, une mère de famille monoparentale sur trois vivait sous le seuil de pauvreté en 2019.

On ne l’attend pas, on la réclame

Neuf cadeaux, et pas un seul ne se commande en ligne. C’est ça, la vraie différence entre une fête et une journée de lutte : une fête, on te l’offre, une journée de lutte, tu la prends.

Les ouvrières de Petrograd n’ont demandé la permission à personne. Elles ont posé leurs machines et elles sont sorties. La prochaine fois qu’on te souhaite “bonne journée de la femme”, réponds juste : le 8 mars 1917, des ouvrières en grève ont fait abdiquer le tsar en cinq jours. ( Popcorn prêt 🍿 on attend sa réponse )

Et toi, tu rajouterais quoi à la liste ?

Nous, on en a une dernière, et c’est la seule qu’on pouvait construire nous-mêmes : des endroits où être soi sans crainte. C’est exactement pour ça qu’existe Les Martines, le réseau social entre femmes pensé comme une safe place : on y parle thunes, entretiens d’embauche, charge mentale et révolutions, sans jamais s’entendre dire qu’on exagère.

Envie de papoter droits, boulot, sororité ou n’importe quoi d’autre, et de te faire des amies qui ne te souhaiteront jamais “bonne journée de la femme” ? Rejoins Les Martines, le réseau social où les meufs se retrouvent entre elles et prennent toute la place.