Tape « boulangère » sur larousse.fr. Là, maintenant, ça prend dix secondes.
( On te prévient… ça va piquer )
Sens 1, sens 2, et tu recraches ton café
Sens 1 : « Personne qui fabrique ou vend du pain. » Nickel. Un métier, une pro, rien à redire.
Sens 2, juste en dessous, étiqueté Vieilli : « Femme d’un boulanger, qui travaille à la boutique. »
Genre, je peux pas avoir MA propre boulang’ quoi !
Et le détail qui tue, c’est « qui travaille à la boutique ». Pas au fournil. À la boutique. Elle encaisse, il pétrit.
Une femme boulangère travaillant à son four, photographie de presse de l’agence Rol, novembre 1919.
Cette photo a été prise en novembre 1919. Un siècle plus tard, le dictionnaire la met toujours derrière la caisse.
Guerrière, ou le mot qui te reproche de l’ouvrir
Même exercice avec « guerrière ». Sens 1 : « Personne combative et énergique ; battant ; fonceur », avec l’exemple « Sa mère est une guerrière ». On respire.
Puis on descend. Sens 3, Vieilli : « Jeune fille, jeune femme qui revendique avec agressivité sa place dans la société. » (on huuuurle !!!)
Sens 4, Vieilli : « Militante féministe. »
Donc réclamer ta place, c’est de l’agressivité. Et être féministe, c’est un truc vieilli, rangé au grenier avec les cabines téléphoniques.
J’vais leur montrer ce que c’est l’agressivité !
Sous le post, une meuf a résumé le dossier en six mots : « Imagine, guerrière : femme de guerrier. »
Présidente, tu exerces le pouvoir (jusqu’au sens 4) 🫠
Chez « président, présidente », les trois premiers sens parlent de pouvoir. Présider une assemblée, un tribunal, un État. Nickel bis.
Sens 4, Vieux : « Femme d’un président (d’assemblée, de tribunal, etc.). »
Et l’exemple choisi pour illustrer ça ? Mme de Tourvel. Les Liaisons dangereuses. (mdr)
Ouai, j’suis « juste » la meuf « officielle » du président quoi !
Tu vois le pattern ?
« Générale » toute seule, en nom féminin, ça donne trois choses : une répétition générale, Vieilli la femme d’un général, et une sonnerie de clairon. Une femme générale, non. Une répétition de théâtre, oui.
« Colonelle », Familier, vieilli : femme d’un colonel. « Maréchale », Vieilli : femme d’un maréchal, et c’est le seul sens de l’entrée. « Notairesse », Vieux : femme d’un notaire, et pareil, il n’y a rien d’autre (tout un autre sujet, pour un autre jour).
Et ces définitions ne viennent pas d’une vieille édition poussiéreuse oubliée dans un grenier. Elles sont sur larousse.fr. En 2026.
Et bah super ! On avance là !
« C’est écrit vieilli partout », ouais, on sait
Alors oui, l’objection est là et elle est fondée sur le principe : un dictionnaire documente un usage, il ne le valide pas. Il faut bien pouvoir lire Laclos sans se retrouver largué. Effacer trop vite, ça fait très 1984. Et c’est littéralement écrit « vieilli » partout.
Sauf que non. Pas partout.
Va voir « maîtresse ». Sens 6 : « Femme avec laquelle un homme a des relations amoureuses et sexuelles en dehors du mariage. » Aucune étiquette. Ni vieilli, ni vieux, ni familier. À côté, « maître » en nom masculin, c’est la personne qui commande, puis celle qui possède un talent à un degré éminent.
Même racine, même dico, même page. Lui dirige, elle couche.
Et le meilleur ? Le seul exemple qu’ils ont trouvé
On arrive au vrai sujet. « Mairesse », nom féminin, Familier, vieilli, deux sens : femme d’un maire, et femme exerçant les fonctions de maire. Note bien : l’étiquette « familier, vieilli » couvre les deux. Y compris celui où la meuf est réellement maire.
Larousse va même plus loin. Dans la rubrique Difficultés du mot « maire », le dictionnaire recommande lui-même d’éviter « mairesse » pour désigner une femme qui exerce la fonction. Très bien. Logique, même.
Et juste en dessous, voilà l’unique exemple qu’il donne pour illustrer le mot :
Autrefois, le mot ne désignait que la femme d’un maire et s’employait le plus souvent par plaisanterie : « Mme la mairesse m’invite à une soirée ».
Chateaubriand, cité en exemple par le Larousse
Ouais, on se fend la poire là !
C’est exactement là que l’argument « un dictionnaire documente » s’écroule. Une définition ancienne, ça se garde, personne ne demande le contraire. Mais un exemple, ce n’est pas un vestige : c’est un choix, fait aujourd’hui, par quelqu’une. En France, des femmes sont maires, ceignent l’écharpe et signent les arrêtés. Et le seul exemple retenu en 2026, c’est une vanne d’écrivain du XIXe où le mot désigne l’épouse du maire.
Corrigé en façade, sexiste en dessous
Le plus fort, c’est qu’on a la preuve que Larousse sait très bien retoucher ses pages quand il veut.
En février 2020, la presse cite la définition de « guerrière » comme ça : une jeune femme qui revendique sa place « avec agressivité et violence ». Aujourd’hui, au même endroit, le mot « violence » a disparu.
Un mot supprimé. La définition, elle, est restée. Personne n’a rien enlevé d’autre : on a juste ajouté un sens neutre au-dessus et laissé l’ancien en dessous, avec une petite étiquette « vieilli » en guise de pansement.
« La référence », lolilol.
Ces définitions avaient été épinglées publiquement début 2020, le 4 février exactement, par le compte @pepitesexiste, qui traque le sexisme dans la pub et les médias. Interrogé à l’époque, l’éditeur avait répondu que ses équipes travaillaient sur l’édition 2021.
Plus de six ans. Toujours là.
Parce que tout le monde s’en tamponne le coquillard ?
Ça s’arrête quand, les dingueries ?
Ça s’arrête quand on arrête de trouver ça normal. Il y a des meufs à qui on a appris à l’école que « la pharmacienne », c’était la femme du pharmacien 😅. Elles ont fini par décrocher le diplôme, sur lequel est écrit « pharmacien ». La langue, elle, traîne derrière.
La prochaine fois qu’on te sort que le sexisme dans la langue c’est du passé, réponds juste : sur larousse.fr, en 2026, le seul exemple donné pour « mairesse » est une blague de Chateaubriand où le mot désigne la femme du maire. ( Popcorn prêt 🍿 on attend sa réponse )
En 2026, on hésite plus à choquer !
Ici, y’a pas de sens caché sur ce que tu vaux
Un dictionnaire, ça ne bouge pas tout seul. Ça bouge quand des meufs relisent, relèvent, gueulent et refusent de se faire ranger au sens 4. Et le Larousse n’est pas le seul concerné : l’Académie française traîne sur le même mot depuis 330 ans. C’est déjà arrivé une fois pour un mot, ça peut arriver pour les autres. C’est exactement l’énergie de Les Martines, le réseau social entre femmes où personne ne t’attribue une place en petits caractères sous celle d’un mec. Ici, y’a pas de sens caché sur ce que tu vaux.
Envie de papoter langue, société, boulot ou n’importe quelle dinguerie repérée dans ton quotidien, et de te faire des amies qui tiquent sur les mêmes trucs que toi ? Rejoins Les Martines, le réseau social où les meufs se retrouvent entre elles et prennent toute la place.




