Le 17 octobre, les meufs étaient partout.

Sur des feux rouges, sur des abris de bus, sur des épaules, aux fenêtres. Avec des mégaphones, des pancartes stylées, des gilets jaunes customisés. Des ados, des mamans, des mamies, et même une toute petite fille avec son propre panneau.

Ce jour-là, 550 000 personnes sont descendues dans les rues de France, selon le ministère de l’Intérieur. Nous, on n’a pas compté. On a regardé les meufs, et on a sorti le téléphone à chaque fois qu’une d’elles nous a fait rire, lever le poing, ou les deux. Les voilà, dans l’ordre où on les a croisées. Et sous chaque photo, d’où vient la punchline, parce qu’une bonne pancarte, c’est souvent une bonne référence.

Celles qui prennent de la hauteur

Première règle de la manif, et ça ne date pas d’hier : quand on ne voit rien, on monte. Sur un feu rouge, sur des épaules, sur un abri de bus. Et de là-haut, bizarrement, ce sont elles qu’on voit.

Une manifestante perchée sur un feu tricolore au-dessus de la foule, pancarte à la main, boulevard Voltaire à Paris

Boulevard Voltaire. Perchée sur le feu, écharpe sur le nez, pancarte sous le bras, et la foule qui remplit le boulevard d’un trottoir à l’autre en dessous. C’est elle qui ouvre le bal, et c’est elle qu’on a mise en une.

Deux jeunes femmes assises tout en haut d’un feu tricolore, pancartes à la main, au-dessus du cortège

Deux pour le prix d’un. Assises à califourchon sur le feu, jambes dans le vide, pancartes en l’air. La technique demande de l’équilibre et une copine.

Une jeune femme en sweat rouge sur les épaules d’un ami, souffle dans une vuvuzela bleu, blanc, rouge, au milieu de la foule

Sur des épaules, avec une vuvuzela tricolore. Une des deux qu’on a filmées avec le son. On te laisse imaginer le reste.

Deux femmes à la fenêtre d’un immeuble en briques rouges, des pancartes roses collées à la vitre, saluent le cortège

Aux fenêtres. Celles qui ne pouvaient pas descendre sont quand même venues : pancartes roses sur la vitre, mains en cœur vers le cortège. Pas besoin de descendre pour être dans la manif.

Celles qui répondent

Une pancarte, c’est une réponse qu’on n’a pas pu placer sur le moment. Celles-là ont pris leur temps, et un bon feutre.

Une manifestante aux cheveux bouclés brandit une pancarte en carton « Coucou c’est encore les sales connes » avec un cœur violet

« Coucou, c’est encore les sales connes. » Dix mois après la phrase attribuée à Brigitte Macron, l’insulte est devenue un nom de team. On en avait fait tout un article : elles ont fait une pancarte, avec un cœur violet, et un hamster.

Pancarte en carton « La voilà la République en marche ! » brandie au-dessus d’une foule dans une rue étroite de Paris

« La voilà, la République en marche ! » Le nom de l’ancien parti présidentiel, repris au pied de la lettre : la République, ce jour-là, elle marchait de République à Nation.

Deux jeunes femmes avec des bandanas rouges brandissent une pancarte « Macron Explosion » avec une bombe dessinée et une planète « Brûlez les fachos, pas la planète »

« Brûlez les fachos, pas la planète. » Deux pancartes, deux bandanas, une bombe dessinée et une planète. Le slogan tient en six mots et règle deux dossiers d’un coup. Et la planète, on la supporte déjà moins bien qu’eux quand elle chauffe.

Une manifestante souriante, masque sous le menton, brandit une pancarte en carton « Ils ont pas la méthode pour sexynanas »

« Ils ont pas la méthode pour sexynanas. » Le sourire qui va avec le carton. On ne sait pas qui est « ils ». On sait juste qu’ils n’ont pas la méthode.

Celles qui ont des références

Derrière les meilleures pancartes du cortège, il y a presque toujours une chanson, un film, ou une actu qui pique encore.

Une manifestante en veste de cuir brandit une pancarte « Do ré mi fa sol lacrymo » avec des notes de musique, sous un ciel bleu

« Do, ré, mi, fa, sol, lacrymo. » La gamme de la journée : place de la République, les lacrymos sont tombées avant même le départ du cortège, prévu à 14 h. Ce que ces gaz font aux règles des meufs, on te l’a raconté ici.

Une manifestante aux longs cheveux bouclés, de dos, brandit une pancarte noire « Jusqu’ici tout va mal » en lettres roses dans une rue de Paris

« Jusqu’ici tout va mal. » Dans La Haine (1995), un type tombe d’un immeuble en se répétant « jusqu’ici tout va bien ». Orelsan en a fait une chanson en 2017, Tout va bien, où rien ne va. Elle, elle a carrément corrigé la fin.

Une femme aux cheveux gris, de dos, porte sur son sac une pancarte « La vieillesse emmerde le Front National, le RN » avec un poing levé jaune

« La vieillesse emmerde le Front National. » En 1989, à l’Olympia, Bérurier Noir faisait hurler La jeunesse emmerde le Front National à toute une salle. Celle qui le hurlait à l’époque est toujours là, elle a juste mis à jour le premier mot. Et le nom du parti, barré, pour être sûre.

Une manifestante en manteau brun brandit une pancarte avec un policier anti-émeute dessiné en train de viser et la bulle « Encore un lycéen qui pense !!! »

« Encore un lycéen qui pense ! » Un CRS dessiné en train de viser, et la bulle qui dit tout. Les lycéennes qui pensent, on leur a déjà dit que les maths, c’était pas pour elles : elles sont quand même venues. Le 17 octobre, à Saint-Étienne, un lycéen de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade. La pancarte était déjà prête.

Toutes les générations

La légende disait des ados, des mamans, des mamies. On n’avait rien inventé. La sororité, en vrai, ça ressemble à ça : trois générations sur le même trottoir.

Une femme de dos porte un gilet jaune sur lequel est écrit au feutre « #Maman, touche pas aux enfants » avec un doigt d’honneur dessiné

« #Maman. Touche pas aux enfants. » Gilet jaune customisé au feutre, doigt d’honneur compris. « Toucher aux enfants, c’est nous toucher tous » était l’un des slogans de l’appel du 17 octobre. Elle l’a pris au mot.

Une petite fille, visage caché par un poussin, debout à côté de sa trottinette et d’une pancarte « Moins grand, mais pas moins important ! », sa mère assise à côté

« Moins grand, mais pas moins important ! » La plus petite manifestante du cortège, sa trottinette, son propre panneau et un poussin dessiné. Sa mère, assise à côté, assure la logistique.

La statue du Triomphe de la République, place de la Nation, vue d’en bas, un drapeau palestinien accroché à son bras, des manifestants grimpés sur le socle sous un ciel orageux

Place de la Nation, à l’arrivée. Le Triomphe de la République, un drapeau au bras, des gens grimpés sur son socle. Tout le cortège est arrivé là, ensemble.

Et toi, t’y étais ?

Pour l’école, pour la planète, contre les fachos, contre la lacrymo. Pour tout. Elles sont là et elles prennent toute la place, dans la rue comme ailleurs. Merci à toutes celles qu’on a croisées, et à celles qu’on a ratées parce qu’on regardait en l’air.

Si tu y étais, raconte-nous sur Les Martines la meuf ou la pancarte qui t’a marquée.

T’y étais ? Quelle pancarte t’a fait lever le poing ? Raconte-nous.