Prends la parole un peu trop fort, un peu trop souvent, sur un sujet qui gêne. Compte les secondes avant l’étiquette. Chiante. Hystérique. Ou la version courte, celle qui arrive en commentaire à 2h du matin : sale conne.

Le 7 décembre 2025, c’est Brigitte Macron elle-même qui a lâché l’expression en coulisses, à propos de militantes féministes venues perturber le spectacle d’un humoriste : « S’il y a des sales connes, on les vire. » La phrase a fuité, la polémique a explosé, et des artistes comme Marion Cotillard, Angèle ou Judith Godrèche ont retourné l’insulte en hashtag : #jesuisunesaleconne.

Garde cette insulte en tête. C’est exactement celle qu’ont reçue, en leur temps, les femmes qui t’ont obtenu le vote, la contraception, l’IVG et le droit d’être crue.

L’insulte arrive toujours avant le droit

Reprends la chronologie de n’importe quelle avancée, c’est le même ordre. Une femme parle. L’insulte tombe, la moquerie, parfois la prison. Et longtemps après, la loi, la statue.

Huit femmes, de 1791 à aujourd’hui. Traitées de sales connes en leur temps, occupées à te faciliter la vie.

Olympe de Gouges écrit l’égalité avant tout le monde

Sale conne parce qu’elle a écrit noir sur blanc que les femmes naissaient libres et égales aux hommes, quand personne n’osait le formuler.

En septembre 1791, elle publie sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, réponse au texte de 1789 qui avait tranquillement oublié la moitié du pays.

Le 3 novembre 1793, elle monte sur l’échafaud. Pas pour son féminisme : pour un placard politique, Les Trois urnes, qui proposait aux Français de choisir leur régime, monarchie comprise. Sous la Terreur, ça valait la mort. Elle l’a payée de sa vie, son texte continue de nous porter.

Portrait peint d’Olympe de Gouges de trois quarts, perruque poudrée et fichu blanc, attribué à Alexander Kucharsky Portrait d’Olympe de Gouges (1748-1793) attribué au peintre Alexander Kucharsky, XVIIIe siècle.

Hubertine Auclert refuse de payer ses impôts

Sale conne parce qu’elle a réclamé le droit de vote quand tout le monde se moquait d’elle.

Son raisonnement tient en une ligne : pas de représentation, pas d’imposition. À partir de 1880, elle refuse de payer l’impôt. Le 13 février 1881, elle fonde son journal, La Citoyenne. En 1882, elle reprend à son compte un néologisme moqueur lancé par Alexandre Dumas fils, féministe, et en fait un drapeau. En 1908, aux municipales de Paris, elle renverse une urne en pleine journée de vote.

Elle meurt le 8 avril 1914. Trente ans plus tard, l’ordonnance du 21 avril 1944 écrit ce qu’elle réclamait : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. »

Hubertine Auclert assise à son bureau, plume à la main devant un grand registre ouvert, bibliothèque derrière elle Hubertine Auclert photographiée à son bureau par l’agence Rol en 1910, quatre ans avant sa mort. Collection Gallica / BnF.

1791Olympe de Gouges écrit que les femmes naissent libres et égales aux hommes
vs
1944les Françaises obtiennent enfin le droit de vote

Cent cinquante-trois ans entre la phrase et le droit.

Louise Michel réclame sa part de balles

Sale conne parce qu’elle a défendu les opprimé·es avec un courage qui dépassait sa propre liberté.

Pendant la Commune de Paris, en 1871, elle est partout : comité de vigilance des femmes de Montmartre, barricades, ambulance. Arrêtée en mai, elle refuse l’indulgence devant le conseil de guerre et réclame sa part, celle des balles.

Résultat : déportation à vie en Nouvelle-Calédonie. Partie en 1873, rentrée en 1880 après l’amnistie. Sept ans au bout du monde. On la surnommait la Vierge rouge, et ce n’était pas un compliment.

Portrait photographique de Louise Michel de face, cheveux bouclés courts, robe sombre à col brodé Portrait de Louise Michel (1830-1905) par le photographe J. M. Lopez, vers 1880.

Gisèle Halimi transforme la honte en justice

Sale conne parce qu’elle a porté la voix des femmes là où personne ne voulait l’entendre.

En 1971, seule avocate à signer le Manifeste des 343, elle cofonde Choisir la cause des femmes. En 1972, à Bobigny, elle défend Marie-Claire Chevalier, 16 ans, poursuivie pour avoir avorté après un viol, et obtient sa relaxe. En 1978, à Aix-en-Provence, elle défend Anne Tonglet et Araceli Castellano et transforme l’audience en tribune nationale. Deux ans après, la loi du 23 décembre 1980 redéfinit le viol comme un crime.

Portrait de Gisèle Halimi en gros plan, cheveux châtains, souriante, lors d’un événement public Gisèle Halimi (1927-2020), photographiée en 2009 lors du lancement de campagne du Front de Gauche à Paris.

Simone Veil tient debout vingt-cinq heures

Sale conne parce qu’elle a tenu debout face à une Assemblée qui voulait la faire taire.

Le 26 novembre 1974, elle monte à la tribune défendre son projet de loi sur l’IVG. Suivent vingt-cinq heures de débats et des attaques personnelles visant jusqu’à sa famille. Le texte passe par 284 voix contre 189, grâce à l’opposition de gauche. Loi promulguée le 17 janvier 1975.

Le détail qu’on oublie : celle qu’on insultait dans l’hémicycle avait été déportée à Auschwitz-Birkenau à 16 ans. En 1979, elle devient la première présidente du Parlement européen élu au suffrage universel. Panthéon le 1er juillet 2018.

Portrait officiel de Simone Veil, cheveux courts, veste rouge, devant le drapeau européen Portrait officiel de Simone Veil (1927-2017) en tant que présidente du Parlement européen, 1979-1982.

Tarana Burke dit « me too » onze ans trop tôt

Sale conne parce qu’elle a créé un espace où les femmes pouvaient enfin dire « me too ».

C’est en 2006 qu’elle fonde le mouvement, pour des adolescentes survivantes de violences sexuelles, loin des projecteurs. Onze ans plus tard, en octobre 2017, le hashtag explose et réveille la planète. On a beaucoup célébré 2017. Beaucoup moins celle qui avait eu l’idée.

Portrait de Tarana Burke en gros plan, cheveux tressés relevés, souriante Tarana Burke, photographiée lors de la cérémonie des Disobedience Awards au MIT Media Lab, le 30 novembre 2018.

Gisèle (une autre) a brisé le silence

Sale conne parce qu’elle a refusé le silence qu’on voulait lui imposer.

Le 2 septembre 2024, à l’ouverture du procès des viols de Mazan devant la cour criminelle du Vaucluse, à Avignon, Gisèle Pelicot s’oppose au huis clos. Le procès se tiendra en public, devant la presse du monde entier.

Verdict le 19 décembre 2024 : cinquante et un accusés, tous reconnus coupables, vingt ans de réclusion criminelle pour Dominique Pelicot. Elle a transformé son épreuve en prise de conscience collective.

Portrait de Gisèle Pelicot, cheveux roux mi-longs, assise, lors d’une rencontre publique Gisèle Pelicot lors d’une rencontre publique au Literaturhaus de Munich, le 26 février 2026, pour la présentation de son livre.

Malala rentrait de l’école

Sale conne parce qu’elle a risqué sa vie pour défendre le droit des filles à aller à l’école.

Le 9 octobre 2012, un homme masqué monte dans son bus scolaire et lui tire une balle dans la tête. Elle survit. En 2014, elle reçoit le prix Nobel de la paix à 17 ans : plus jeune lauréate de l’histoire du prix.

Portrait de Malala Yousafzai souriante, voile vert clair, lors d’un événement public Malala Yousafzai au Festival international du film de Toronto, le 8 septembre 2024.

Aujourd’hui encore, défendre nos droits dérange. Demain, on appellera ça du courage.

Le jour où la France leur a dressé des statues en or

Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, séquence « Sororité ». Dix statues dorées de femmes françaises sortent de la Seine devant la planète entière.

Dedans : Olympe de Gouges. Louise Michel. Gisèle Halimi. Simone Veil. Quatre des huit visages de cette liste, en or, au milieu de Paris, aux côtés d’Alice Milliat, Paulette Nardal, Jeanne Barret, Alice Guy, Simone de Beauvoir et Christine de Pizan.

« sale conne »statue dorée sur la Seine

Deux siècles, c’est tout ce qui sépare l’insulte de l’hommage.

Hubertine Auclert, elle, n’a pas eu la sienne. La femme qui a offert le mot « féministe » à toute une langue attend encore son tour. Ça viendra.

La prochaine fois qu’on te dit que tu en fais trop, réponds juste : Olympe de Gouges a écrit l’égalité des sexes en 1791, les Françaises ont voté en 1944, et en 2024 quatre de ces « folles » avaient une statue en or sur la Seine.

On vient d’une team de femmes qui ont fait du courage un héritage

L’insulte n’est pas un verdict, c’est un accusé de réception : le message est passé, et il gêne. Celles d’hier l’ont reçue avant nous. Regarde ce qu’elles nous ont laissé : le vote, la pilule, l’IVG, le viol reconnu comme un crime, un procès tenu portes ouvertes. C’est exactement pour ça qu’existe Les Martines, le réseau social entre femmes où prendre trop de place n’a jamais coûté d’étiquette à personne. Ici, on ne baisse pas d’un ton, on monte le volume ensemble 💜

Envie de parler droits, histoire ou colère sans qu’on te demande d’être plus sympa, et de te faire des amies qui applaudissent quand tu prends toute la place ? Rejoins Les Martines, le réseau social des meufs qui assument le #jesuisunesaleconne.