Le 25 octobre, le Brésil a réélu Lula. 51,79 % des voix au second tour, après avoir été devancé au premier, et un candidat battu, Flávio Bolsonaro, qui conteste le résultat que le tribunal électoral, lui, a validé. Ambiance.

Nous, sur Les Martines, le réseau social entre femmes où on parle de tout, on s’est posé une seule question : quand la gauche était au pouvoir là-bas, qu’est-ce qui a changé pour les meufs ? Le verdict : des lois, des vraies. Mais on va pas te vendre du rêve non plus. ( accroche-toi, ça va piquer à la fin )

2003, une vraie place à table

Premier geste de Lula en arrivant au pouvoir en 2003 : un secrétariat aux droits des femmes au rang de ministère, rattaché directement à la présidence. Avec son budget, sa ministre, sa voix au conseil. Pas une ministre « déléguée » qui passe après tout le monde.

Retiens bien ce mot, « déléguée ». On va en reparler.

La même année naît la Bolsa Família, la grande aide sociale brésilienne. Et là, petit détail qui change tout : l’argent est versé en priorité à la mère. Résultat, plus de 9 fois sur 10, c’est une femme qui tient la carte. Pas son mec, pas son père. Elle.

En France ? Pour les allocs, c’est le couple qui choisit qui sera l’allocataire. Ce qui, quand on connaît la répartition du travail invisible dans les foyers, ne garantit pas grand-chose.

2006, une loi qui porte le nom d’une survivante

Maria da Penha est pharmacienne. En 1983, son mari lui tire dessus pendant qu’elle dort. Elle reste paraplégique. Il faudra presque 20 ans pour qu’il finisse en prison, et il n’y restera que deux ans.

Elle n’a jamais lâché. Et en 2006, le Brésil adopte la loi Maria da Penha contre les violences conjugales. Mesures de protection en urgence, tribunaux spécialisés, la violence domestique enfin traitée comme un crime et pas comme une « histoire de couple ».

Maria da Penha, lunettes et pull rouge, répond à une interview devant une banderole « políticas para mulheres, compromisso de todos os dias » Maria da Penha en 2008, à Brasília, lors des deux ans de la loi qui porte son nom.

Aujourd’hui, au Brésil, tout le monde connaît son nom. C’est ça, une badass.

2012, divorce ? La maison, c’est pour bibi

Au Brésil, il existe un grand programme de logements aidés, Minha Casa Minha Vida. En 2012, sous Dilma Rousseff, première femme présidente du pays (call me Madame la Présidente), une loi tranche : en cas de divorce ou de séparation, le logement du programme reste à la femme. Peu importe le régime matrimonial.

Exception notable : si le père a seul la garde des enfants, c’est lui qui garde le toit. Logique. Le but n’a jamais été de punir les mecs, mais d’éviter que les meufs et les gosses se retrouvent à la rue.

2013, plainte et dodo à l’abri

En 2013, Dilma lance le programme Mulher: Viver sem Violência, « Femme : vivre sans violence ». L’idée de départ est simple : arrêter de balader les victimes d’un guichet à l’autre, où elles finissent par abandonner.

Sa mesure phare, ce sont les Maisons de la femme brésilienne. Un seul bâtiment, avec dedans : un commissariat, un tribunal, une procureure, une avocate gratuite, un soutien psy, une garderie pour les enfants. Et un hébergement de passage pour dormir à l’abri. Tout au même endroit.

Façade blanche de la Maison de la femme brésilienne de Brasília, avec son toit ondulé vert, jaune et violet La Maison de la femme brésilienne de Brasília, fin mai 2015, quelques jours avant son ouverture.

Imagine porter plainte sans traverser la ville trois fois avec tes gosses sous le bras.

2023, les patrons font moins les malins

Retour de Lula en 2023, et ça repart fort.

Même poste, même salaire. C’était déjà dans la loi, mais personne ne flippait vraiment : l’amende tournait autour d’un salaire minimum. Depuis la loi de juillet 2023, l’entreprise qui paie moins une femme pour le même boulot doit payer une amende de 10 fois le nouveau salaire qu’elle lui doit. Le double en cas de récidive. Et les boîtes de plus de 100 salariés doivent publier leurs écarts de salaires.

Au passage, c’est une des choses qu’on réclame chaque 8 mars en France. Juste pour dire.

2023, partir n’est plus une question de fric

Tu veux quitter un mec violent, mais t’as pas les moyens de payer un loyer ailleurs. C’est souvent ce qui retient le plus.

Depuis septembre 2023, une juge peut accorder une aide au loyer jusqu’à 6 mois aux femmes qui fuient des violences conjugales et n’ont pas les moyens de se reloger. Payée par l’État fédéré ou la commune. Partir, ce n’est plus une question de fric.

2023, « non, c’est non », même en boîte

Fin 2023, la loi Não é Não, « non, c’est non ». Elle s’applique aux boîtes de nuit et aux concerts en salle où on vend de l’alcool. Si un relou insiste après ton refus, l’établissement peut le mettre dehors pour la soirée. En cas de violence, il doit te protéger, éloigner l’agresseur et appeler la police. Et tu as le droit d’être accompagnée jusqu’à un transport sûr.

Traduction 2026 : tu peux danser jusqu’au bout de la night. C’est lui qui rentre.

2024, message reçu ?

Le féminicide est entré dans le Code pénal brésilien en 2015, sous Dilma. Mais en 2024, Lula va plus loin : le féminicide devient un crime à part entière, plus seulement une circonstance du meurtre. Et la peine grimpe.

12 à 30 ansde prison pour un féminicide avant octobre 2024
vs
20 à 40 ansdepuis la loi 14.994 de 2024

2025, ça dégage

Dernière en date : depuis avril 2025, une juge peut obliger un agresseur sous mesure de protection à porter un bracelet électronique. La victime reçoit un petit boîtier. Il s’approche ? Toi et la police, vous êtes alertées. Direct.

Bon par contre, on te doit la vérité

L’avortement reste un crime au Brésil dans la plupart des cas. Il n’est autorisé que dans trois situations : un viol, un risque pour la vie de la femme, et un fœtus sans cerveau (ce dernier cas seulement depuis une décision de la Cour suprême en 2012).

Et surtout, il y a ce chiffre. En 2025, le Brésil a compté 1 571 féminicides. Un record, pour la quatrième année de suite. Plus de quatre femmes tuées par jour.

Les lois, c’est la base. Ça suffit pas.

La rédac des Martines

Le combat est loin d’être fini. On lâche rien.

Et nous, en France ?

On a un 3919 depuis 1992, créé par la Fédération nationale Solidarité Femmes. Bravo, sincèrement 👏.

Mais le mot « féminicide » n’est toujours pas inscrit en tant que tel dans notre Code pénal. Depuis 2017, tuer une femme parce qu’elle est une femme est une circonstance aggravante, pas un crime à part. La « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles a été adoptée à l’Assemblée le 13 octobre 2026, elle doit encore passer au Sénat.

Et notre ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes ? Une ministre déléguée. Le Brésil avait passé ce cap en 2003. On avait dit qu’on en reparlerait.

Alors la prochaine fois qu’on te sort que « la politique, ça change rien pour les meufs », réponds juste : au Brésil, depuis 2023, une meuf qui fuit un mec violent peut avoir son loyer payé pendant 6 mois. ( Popcorn prêt 🍿 on attend sa réponse )

Ici, on parle politique. Et on parle de nous

Les lois brésiliennes ne sont pas tombées du ciel. Elles sont nées de meufs qui ont parlé, porté plainte, manifesté, comme celles qu’on a croisées dans la rue le 24 octobre, et comme toutes les sales connes qui ont fait bouger l’histoire avant elles. Ça commence toujours pareil : des femmes qui se parlent, s’écoutent, débattent, et se rendent compte qu’elles ne sont pas seules.

Ici, on parle politique sans se faire couper la parole. Raconte-le sur Les Martines, entre meufs qui veulent que ça bouge.

T’as un avis là-dessus ? Raconte-nous.