Il est 15 h, on est en août, il fait 34 degrés dehors. Et toi, t’as un gilet sur le dossier de ta chaise, que tu remets dès que la clim se réveille. Tu te dis que t’es juste frileuse. Sauf que non. Et c’est pas ouf 🌡️

( accroche-toi, ça va piquer )

Le gilet d’été, ce grand classique de l’open space

Tu tapes “pourquoi j’ai froid au bureau” et tu tombes sur des forums entiers de meufs en guerre contre le même thermostat. Normal !

Les normes de confort thermique des bâtiments reposent sur un modèle mis au point dans les années 1960. Boris Kingma et Wouter van Marken Lichtenbelt, deux physiologistes de l’université de Maastricht, l’ont démonté dans Nature Climate Change en 2015 : la valeur de métabolisme qui sert à régler ces normes est calée sur un homme moyen, et elle surestime celui des femmes. La température “confortable” de ton bureau a été calculée pour un corps qui n’est pas le tien.

t'es frileusele thermostat est réglé sur quelqu'un d'autre

Et la formule n’a jamais été recalculée. OSKOUR ! Pire : ça ne s’arrête pas à la porte du bureau. Tu gèles dedans, et dehors, en pleine canicule, ton corps est moins bien armé que le sien. Double peine !

Même température, deux corps qui ne répondent pas pareil

Lui il transpire déjà, toi ton body surchauffe.

Daniel Gagnon et Glen Kenny, de l’université d’Ottawa, l’ont mesuré en 2011 dans The Journal of Physiology : à effort équivalent, la thermosensibilité sudorale des femmes est plus faible. Ton système de refroidissement se déclenche plus tard et plus doucement. T’as juste moins de clim naturelle.

Précision apportée par les mêmes chercheurs l’année suivante : l’écart n’apparaît qu’au-delà d’un certain niveau de chaleur à évacuer. Tant que la charge reste modérée, on transpire pareil. C’est quand ça tape fort que les courbes se séparent.

Et ça reste une moyenne de groupe, pas une loi qui s’applique à ta personne. Sous le post, une Martine a répondu qu’elle dégouline de partout même en hiver pendant que son mec est à peine poisseux. La science lui donne raison : une revue parue dans Physiology & Behavior en 2023 conclut que ces écarts s’expliquent en grande partie, mais pas entièrement, par la morphologie corporelle. À gabarit comparable, la différence fond.

Présenter les différences entre les sexes comme des “avantages” et des “désavantages” de l’un sur l’autre est une simplification excessive de la physiologie.

Gabrielle Giersch et Nisha Charkoudian, Experimental Physiology, 2025

Le thermostat interne qui monte en deuxième partie de cycle

Ajoute maintenant une variable que personne ne met jamais dans les bulletins canicule : ton cycle.

Après l’ovulation, la progestérone agit sur le centre thermorégulateur de l’hypothalamus. La revue de référence sur le sujet, publiée dans Temperature en 2020, chiffre l’écart entre 0,3 °C et 0,7 °C par rapport à la première moitié du cycle. La progestérone monte ton thermostat : tu pars déjà plus chaude, avant même d’avoir mis un pied dehors.

Même la canicule est pas égalitaire lolilol.

En commentaire, une autre Martine a résumé ça mieux que n’importe quel protocole : elle a jamais été aussi contente d’avoir ses règles, parce qu’elle allait traverser la canicule dans la bonne phase. Une troisième, plus cash : règles plus canicule, elle gère l’une ou l’autre, jamais les deux.

Et pendant ce temps, on nous sortait des essais cliniques

Alors pourquoi on découvre ça seulement maintenant ? Parce que pendant très longtemps, on ne nous a pas mesurées. Les études sur la chaleur et le corps humain ? Longtemps faites sans femmes.

En 1977, après le scandale du thalidomide, la FDA américaine publie General Considerations for the Clinical Evaluation of Drugs, un texte qui recommande d’exclure les femmes en âge de procréer des essais cliniques de phase I et de début de phase II. Pas toutes les femmes, pas toutes les phases : une catégorie entière, sur les étapes les plus précoces. Ça a suffi. Il faut attendre 1993 pour que le NIH Revitalization Act rende l’inclusion des femmes obligatoire dans la recherche financée par les NIH, et que la FDA lève sa restriction la même année.

Ignorer 50 % de la population… ça va, on vous dérange pas ?

Soyons carrées, on te ressortira ça en commentaire : ce n’est pas qu’aucune étude sur la chaleur n’a inclus de femmes, c’est qu’on a été structurellement sous-comptées, et que ça se mesure encore. Dans les grandes revues de médecine du sport et de l’exercice, d’où sortent la plupart des travaux sur le corps et la chaleur, on trouvait 39 % de participantes en 2014, 43,95 % dix ans plus tard. Trente ans après la loi, toujours pas la moitié.

L’été 2022, et le chiffre qu’il ne faut surtout pas raconter n’importe comment

Du 30 mai au 4 septembre 2022, l’Europe a compté 61 672 décès attribuables à la chaleur. C’est l’estimation de Joan Ballester et de son équipe (ISGlobal, Inserm) dans Nature Medicine, sur 35 pays et plus de 543 millions d’habitants. Voici la part de ces décès pour laquelle le sexe est renseigné.

35 406femmes mortes de la chaleur en Europe, été 2022
vs
21 667hommes, sur la même période

Environ six décès sur dix. Et là, c’est le moment où la plupart des articles enchaînent sur “les femmes transpirent moins, donc elles meurent plus”. Nous, on ne va pas faire ça, parce que c’est faux.

Croix verte de pharmacie parisienne affichant 44°C, devant un arbre et un ciel dégagé Vague de chaleur à Paris, rue Belgrand dans le 20e arrondissement : 44 °C affichés le 26 juin 2026 à 17 h 28.

L’étude ventile ses résultats par âge, et c’est autrement plus tordu que le raccourci. Chez les 0-64 ans, le taux de mortalité liée à la chaleur est plus élevé chez les hommes (+41 %). Chez les 65-79 ans, encore chez les hommes (+14 %). C’est seulement à partir de 80 ans que les femmes passent devant (+27 %). Et comme on vit plus longtemps, on est massivement plus nombreuses dans cette tranche : voilà d’où vient l’essentiel de l’écart global.

Donc non, ta sudation ne te tue pas. Ce qui est vrai, c’est qu’on a laissé toute une génération de femmes très âgées affronter la chaleur avec des consignes pensées pour la population générale. Moins spectaculaire qu’un slogan, et beaucoup plus difficile à contredire.

Comment tu te protèges

Les gestes qui marchent sont connus et gratuits. Screenshot this baby !

💧 Bois régulièrement, sans attendre d’avoir soif. C’est la formulation exacte d’ameli, et le conseil numéro un.

💦 Humidifie ta peau plusieurs fois par jour, brumisateur ou gant de toilette mouillé : poignets, cou, tempes.

🌀 Ventilateur + brume = combo win. Santé publique France insiste sur le duo : seul, un ventilateur ne refroidit pas une pièce. Et en dessous de 32 °C seulement, dit ameli, au-delà l’air brassé est chaud.

🌅 Évite d’être dehors entre 11 h et 21 h. Oui, 21 h : le début de soirée reste une vraie zone de risque.

🔴 En deuxième moitié de cycle, redouble de vigilance. Celui-là, c’est une déduction assumée, pas une consigne officielle : aucune recommandation sanitaire ne parle encore du cycle menstruel. Vu ce que dit la physiologie, ça mériterait d’y figurer.

Groupe d’enfants en maillot riant sous le jet d’eau d’une bouche d’incendie dans une rue, photographie sépia des années 1920 Des enfants se rafraîchissent à une bouche d’incendie pendant la vague de chaleur de juillet 1928 (lieu non précisé, collection Spaarnestad Photo).

Ton corps n’est pas moins résistant

Il a juste été ignoré par la recherche pendant des décennies. Les bureaux trop froids, les conseils calibrés sur des hommes, les statistiques balancées sans jamais être découpées par âge : le même angle mort recopié partout. NOW YOU KNOW.

La prochaine fois qu’on te dit que la canicule c’est pareil pour tout le monde, réponds juste : les normes de température des bâtiments datent des années 1960 et sont calées sur un homme moyen. ( Popcorn prêt 🍿 on attend sa réponse )

Version nettement moins sérieuse du même sujet : notre classement des zones du corps qui transpirent le plus. Même angle mort, autre pièce du bâtiment : pourquoi tu attends deux fois plus longtemps aux toilettes.

On prend toute la place, même à l’ombre

Ce qui change tout, ce n’est pas d’avoir un corps “plus fragile”, c’est d’avoir les bonnes infos et un endroit où les mettre en commun. C’est exactement pour ça qu’existent Les Martines : une communauté de femmes pour échanger et s’entraider, où on compare ses vraies galères de chaleur, de cycle et de corps, et où une question santé ne finit jamais en leçon de morale.

Envie de papoter canicule, cycle, santé ou absolument n’importe quoi d’autre, et de te faire des amies qui captent direct de quoi tu parles ? Rejoins Les Martines, le réseau social entre femmes où les meufs prennent toute la place.