Y’a un mec qui a effacé ton clitoris des manuels d’anatomie. Un vrai éditeur, un vrai manuel, une vraie décision : cet organe-là ne méritait plus une page.
Et devine quoi. Ça a duré 61 ans.
Le mec qui, lui, avait tout compris
À la base, pourtant, ça commençait plutôt bien. En 1844, un anatomiste allemand, Kobelt, dessine le clitoris avec un niveau de détail hallucinant. Gland, corps, racines, vaisseaux, nerfs. Il documente un organe entier, en injectant les vaisseaux sanguins de colorant pour les rendre visibles. Résultat : des planches d’une précision telle qu’elles sont encore citées en référence aujourd’hui.
Source : Georg Ludwig Kobelt, 1844, Bibliothèque Interuniversitaire de Santé, via Wikimedia Commons (domaine public)
En France, on continue à le documenter sérieusement pendant un moment. Les manuels de référence de l’époque reprennent ses illustrations. Le problème, ce n’était pas qu’on ne savait pas. Kobelt avait déjà tout dessiné en 1844.
Puis ça commence à se dégrader
Au fil des rééditions suivantes des grands manuels d’anatomie français du début du XXe siècle, le nombre de planches consacrées au clitoris fond littéralement de moitié. On vire le meilleur, on garde le pire. Le clitoris reste là, mais en version mini, très loin du niveau de détail de Kobelt.
Et puis arrive LE manuel qui va former des générations de médecins dans le monde entier : le Gray’s Anatomy, du nom de son auteur Henry Gray. ( Non, pas la série. Mais pas totalement sans rapport non plus : des décennies plus tard, la série Grey’s Anatomy reprendra ce nom en clin d’œil, avec une orthographe changée pour coller au personnage de Meredith Grey. ) Le clitoris est encore présent dans le manuel à l’époque. Mais regarde ce qui lui arrive au fil des éditions.
Et là, accroche-toi
En 1947, le Dr Charles Mayo Goss, éditeur de la 25e édition de Gray’s Anatomy, décide que ton plaisir ne mérite pas une page. Il efface le clitoris des planches anatomiques. Purement et simplement. ( Lui, il n’a pas dû faire beaucoup kiffer sa femme. )
61 ans sans une ligne, sans un dessin.
Et quand il finit par revenir, dans une édition intermédiaire, ce n’est même pas en mieux : il réapparaît en version miniature du pénis, réduit à sa portion congrue, très très loin du niveau de détail de Kobelt. Il a fallu attendre 2008, la 40e édition, pour voir réapparaître un clitoris entièrement légendé dans Gray’s Anatomy. Soit 164 ans après Kobelt. Entre-temps, en 2005, la chercheuse australienne Helen O’Connell avait utilisé l’IRM pour cartographier précisément l’organe et documenter tout ce que la médecine avait fini par oublier.
On n’a pas effacé l’organe. On a effacé ce qu’on savait de lui.
Ce que ça change, encore aujourd’hui
Le problème, ce n’est pas qu’on ne savait pas. Le problème, c’est qu’on a arrêté de lui donner de la place. Et ça continue.
Une étude américaine de 2023 a passé au crible les programmes de plusieurs facultés de médecine d’une grande ville des États-Unis : une seule sur sept enseignait l’anatomie complète du clitoris à ses étudiants. Une seule.
Et côté plaisir, la note s’en ressent très concrètement. Une étude publiée dans Archives of Sexual Behavior, menée sur plus de 52 000 personnes, est formelle : 95% des hommes hétéros ont généralement ou toujours un orgasme pendant un rapport, contre 65% des femmes hétéros.
Coïncidence ? Peut-être. Mais ça pose quand même quelques questions sur ce qui se passe quand on efface un organe entier des livres pendant six décennies.
Qui a décidé ça, au juste ?
Un mec. Un seul mec, en 1947, avec un pouvoir éditorial énorme et visiblement peu d’intérêt pour la question. Ce n’est même pas une conspiration organisée. C’est pire : c’est la décision presque anodine d’une seule personne, qui a suffi à priver des générations entières de médecins d’une info de base.
Un organe dédié au plaisir, ça gênait visiblement.
Des décennies de clitoris mal représenté, ça mérite d’être rattrapé. À toi de faire tourner l’info, à commencer par cet article.
Ici, ton plaisir n’a jamais eu besoin d’être justifié, ni expliqué en 61 ans de retard. Les Martines est l’endroit où on parle de sexualité, de plaisir et de corps sans détour, sans tabou et sans avoir à ré-expliquer l’anatomie de base.
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