Rayon « Fête des mères », deuxième allée à droite, entre les bouquets sous cellophane et la promo sur l’aspirateur balai.

Tu cherches un truc pour ta mère. Et tu tombes sur un tablier noir floqué « Reine des fourneaux », avec une petite couronne dorée brodée au-dessus, une spatule et un fouet roses croisés en dessous. Quelqu’un a dessiné ça. Quelqu’un l’a validé. Quelqu’un l’a mis en rayon.

( accroche-toi, ça va piquer )

Chaque année, c’est le même rayon

Les Français ne sont pas radins sur cette fête : 77 € de budget moyen, et 88 % d’entre eux offrent quelque chose, selon un sondage mené par l’institut Discurv pour Cewe en mars 2025 auprès de 1 000 personnes. Le cadeau numéro un reste les fleurs, à 28 %.

Les fleurs, très bien. Elles n’ont jamais demandé à personne de passer la serpillière.

Le problème commence juste à côté, dans le rayon d’en face. Des cadeaux bien genrés, bien clichés, bien à côté de la plaque. Et personne ne le fait exprès : on prend ce que le magasin a posé sous le panneau rose. Alors voilà la liste de ceux à zapper.

Le top 5 des cadeaux à bannir

1. Le livre « Devenir la meilleure version de soi-même »

Le cadeau qui dit « je t’aime » et « t’es pas encore au point » dans la même phrase. Et devine quoi. Elle l’est déjà, la meilleure version d’elle-même. T’as juste pas assez bien regardé.

Non mais allô ?

Verdict : banni.

2. La crème anti-rides « effet jeunesse immédiat »

Emballer une alerte vieillissement dans du papier doré, il fallait oser. Elle mérite un diamant sur la tête, pas une alerte anti-rides.

Verdict : rejeté.

3. Le tablier « Reine des fourneaux »

La couronne dorée est là pour faire passer la pilule. Sauf qu’un tablier reste un tablier, et qu’on ne couronne personne en lui donnant du boulot.

Reine des fourneauxQueen

Ta mère, c’est une Queen, pas une cheffe cantine. La bonne réaction, c’est celle de la meuf de dos, couronne de fleurs sur la tête, pull qui glisse sur l’épaule, majeur bien tendu vers le rayon.

Verdict : banni.

4. La box cuisine, DIY ou ménage

Douze mois d’abonnement à des ateliers qu’elle devra caser entre deux lessives. Youpi.

C’est pas un cadeau, c’est de la charge mentale en boîte.

La rédac des Martines

Verdict : banni.

5. La balance connectée

Un pèse-personne, même relié au wifi, même en blanc mat design, ça ne dit pas « je t’aime ». Ça dit « pèse-toi ». Et accessoirement « tiens-nous au courant ».

De l’amour, oui. Des chiffres qui la font douter, non.

Verdict : banni.

Le point commun des cinq, il est pas joli joli

Ce n’est pas une question de mauvais goût. Aucun de ces objets n’est moche, d’ailleurs. Le souci, c’est ce qu’ils lui confient.

Un tablier, une box ménage, une crème, une balance, un manuel d’amélioration personnelle. Nettoie. Cuisine. Rajeunis. Maigris. Progresse. Cinq cadeaux, cinq boulots.

Et des boulots qu’elle fait déjà, gratuitement, toute l’année.

68 %des femmes font la cuisine ou le ménage chaque jour
vs
43 %des hommes

Ces chiffres viennent de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes, repris par l’Observatoire des inégalités. L’Insee, de son côté, a mesuré que 64 % des heures de travail domestique en France sont assurées par des femmes.

Alors offrir un ustensile à quelqu’une qui en assure déjà les deux tiers, c’est moins un cadeau qu’une reconduction de contrat.

Une lectrice a résumé ça mieux que nous, en commentaire.

Les cadeaux à bannir. Point. Ce ne sont pas des cadeaux.

Une lectrice, en commentaire

Et d’où il sort, ce rayon, au juste ?

Là, ça devient intéressant. Parce que la fête des mères française n’est pas née dans un magasin.

Elle commence à Artas, en Isère, le 10 juin 1906 : une cérémonie de village récompense deux mères de neuf enfants pour « haut mérite maternel ». En 1926, le gouvernement s’en empare et crée une journée des mères officielle, tournée vers les familles nombreuses. Ça ne prend pas vraiment.

Et puis 1941.

Affiche officielle du Secrétariat d’État à la Famille et à la Santé annonçant la Journée des mères du 25 mai 1941, avec une citation de Philippe Pétain Affiche du Secrétariat d’État à la Famille et à la Santé pour la Journée des mères du 25 mai 1941, imprimerie Curial-Archereau, Paris. Collection du musée Carnavalet.

Contrairement à ce qu’on répète, Pétain n’a pas inventé la fête des mères. Le régime de Vichy l’a officialisée, le 25 mai 1941, inscrite au calendrier national et arrosée de propagande, dans une logique nataliste assumée : repeupler la France, et faire de la mère « l’âme de la famille ». Sur l’affiche officielle, la mère transmet « les vertus qui font les peuples forts ». Traduction 2025 : fais des enfants, tiens la maison, et souris.

La loi du 24 mai 1950 a ensuite calé la fête au dernier dimanche de mai (repoussée au premier dimanche de juin quand ça tombe sur la Pentecôte) et l’a rendue républicaine. Le rayon, lui, n’a jamais tout à fait mis à jour son logiciel. Le 8 mars a connu le même sort côté récupération commerciale, sens politique en moins.

Et à la place, on offre quoi ?

La vraie question, la voilà. Et la réponse est dans le même sondage Discurv, ce qui est assez drôle : un Français sur deux dit privilégier un moment partagé pour montrer son affection, contre 34 % qui misent d’abord sur le cadeau.

Autrement dit, ce qu’elle veut est gratuit, et on continue de lui acheter un tablier.

Quelques pistes qui ne se trouvent pas au rayon ménage.

Du temps à toi, bloqué dans l’agenda. Un déjeuner, une balade, un ciné, une date fixée maintenant et pas « un de ces quatre ».

Une tâche que tu lui enlèves pour de vrai. Pas « je t’aide », pas « dis-moi ce que je dois faire » : tu prends, tu gères, tu ne repasses pas la consigne.

Un truc qu’elle a arrêté de faire pour elle. Le cours de poterie, la place de concert, le roman qu’elle repousse, le massage qu’elle trouve toujours trop cher.

Un objet sans aucune utilité domestique. Un parfum qu’elle aime, des fleurs, un bijou, un carnet, une bouteille. Rien qui se branche, rien qui se lave, rien qui se pèse.

Lui demander. Révolutionnaire, on sait.

Et si tu doutes, la règle tient en une phrase : si ça peut se trouver au rayon ménage, cuisine ou régime, c’est un non.

La prochaine fois qu’on te dit qu’un aspirateur balai est « super pratique, elle va adorer », réponds juste : 68 % des femmes font la cuisine ou le ménage tous les jours, contre 43 % des hommes, alors on va éviter de lui offrir une sixième journée de travail. ( Popcorn prêt 🍿 on attend sa réponse )

Ce qu’on offre quand on a compris

Ce qui manque le plus aux mères, ce n’est pas un ustensile. C’est du temps, de l’écoute, et un endroit où elles ne sont pas définies par ce qu’elles font pour les autres. C’est exactement ce qu’on a construit avec Les Martines, une safe place entre femmes où on peut dire « j’ai reçu un tablier et j’ai eu envie de pleurer » sans qu’on te réponde que tu exagères, et où personne ne te demande de devenir une meilleure version de toi-même avant d’avoir le droit de parler.

Envie de papoter cadeaux ratés, charge mentale, corps ou n’importe quel sujet qu’on t’a appris à garder pour toi, et de te faire des amies qui comprennent direct ? Rejoins Les Martines, le réseau social entre femmes où les meufs prennent toute la place.