Wikipédia se dit neutre. Pas de parti pris, juste les faits, l’encyclopédie écrite par tout le monde pour tout le monde. Sauf que quand une nouvelle page doit être validée, il y a une meuf qui en a fait les frais d’une façon tellement énorme que même Wikipédia n’a pas pu l’ignorer longtemps.
( accroche-toi, ça va piquer )
Le brouillon jugé “pas assez notable”
En mai 2018, quelqu’un·e soumet un brouillon de page Wikipédia sur une physicienne. Un·e bénévole le recale. Le motif donné, texto : le texte ne montre pas de “couverture significative” du sujet. Traduction courante : pas assez notable.
Elle est pourtant professeure associée à l’université de Waterloo, en Ontario, et elle a présidé l’Optical Society (aujourd’hui Optica), une des plus grosses sociétés savantes du secteur. Rien de tout ça ne suffit. Sa seule trace sur Wikipédia à ce moment-là, c’est une mention en passant dans la page de son ancien directeur de thèse. Un homme, forcément.
“Pas assez notable”, ça veut dire quoi au juste ?
Sur Wikipédia, “notable” ne veut pas dire intéressante, brillante ou importante dans son domaine. Ça veut dire : plusieurs sources sérieuses et indépendantes ont déjà écrit sur toi, en détail, ailleurs.
Donc si tes potes parlent de toi sur un vieux Skyblog, ça compte pas, hein.
Toujours plus notable que ton daron, en tout cas.
Le vrai souci, c’est que ces “sources sérieuses”, ce sont en majorité des médias et des institutions qui, eux aussi, parlent davantage des hommes, un peu comme le Larousse et ses définitions. Wikipédia n’invente pas le biais. Il l’hérite. Et au lieu de le corriger, il l’amplifie.
Le coup de fil de Stockholm
Quatre mois plus tard, en octobre 2018, le téléphone de cette physicienne sonne à 5 heures du matin. C’est Stockholm. Donna Strickland vient de remporter le prix Nobel de physique, avec le Français Gérard Mourou et l’Américain Arthur Ashkin, pour l’invention de l’amplification par dérive de fréquence, une technique laser qu’elle a mise au point en 1985, à 26 ans, en plein doctorat.
Elle devient la 3e femme de toute l’histoire à recevoir ce prix, après Marie Curie en 1903 et Maria Goeppert-Mayer en 1963. 117 ans de Nobel de physique. Trois femmes. Sa réaction à l’annonce, sobre et un peu sonnée :
“It’s sort of surreal.”
Donna Strickland, Time, 2018
Sa page Wikipédia, elle, est publiée dans la foulée. Environ 90 minutes après l’annonce du prix, précisément. Il lui aura fallu une reconnaissance mondiale pour obtenir ce qu’un bénévole avait refusé de lui accorder sur sa seule parole.
Donna Strickland lors de la cérémonie des lauréats du Nobel de physique 2018, à Stockholm, le 8 décembre 2018.
Pas un hasard
Son histoire est spectaculaire parce qu’elle est visible. Mais ce n’est pas un accident isolé. En 2017, les chiffres racontent exactement la même histoire, version discrète.
Les femmes sont sous-représentées parmi les biographies. Et quand elles y arrivent quand même, elles sont surreprésentées parmi celles qu’on propose de virer. Plus facile de te dégager que de te laisser exister, comme dans les livres d’histoire depuis toujours.
Et aujourd’hui, en 2026 ? À peine mieux : à peu près une biographie sur cinq parle d’une femme.
Le compte est toujours pas bon.
On souffle fort.
Qui décide qui est “assez notable” pour exister
N’importe qui peut modifier une page Wikipédia déjà en ligne. Oui, il y a une patrouille anti-vandalisme derrière, mais l’accès reste ouvert à la base. Une page toute neuve, en revanche, passe d’abord par un·e bénévole “confirmé·e” qui dit oui ou non.
Et les bénévoles confirmé·es de Wikipédia, toutes langues et tous statuts confondus, c’est environ 85 à 90 % d’hommes, d’après la plus grosse enquête jamais menée sur le sujet.
Coïncidence ? On n’y croit pas trop.
Concrètement, ça donne ça.
Suspense insoutenable là.
La good news
Wikipédia, tout le monde peut l’écrire. Même toi. Depuis 2015, des bénévoles du projet Women in Red ajoutent des biographies de femmes, une par une, jusqu’à en cumuler plus de 200 000. En 2014, 15,5 % des bios de Wikipédia parlaient d’une femme. En août 2026, on est passées à 20,4 %. Ça bouge doucement, mais ça bouge. Et ça bouge parce que des meufs s’y sont mises.
Le compte est toujours pas bon. Mais il l’est un peu moins mal qu’avant, et ça, ce n’est pas rien.
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Ici, personne n’a besoin d’être “notable” pour exister
Voilà le vrai sujet. Sur Wikipédia comme ailleurs, il faut souvent prouver deux fois plus pour compter à moitié autant. C’est exactement pour ça qu’existent Les Martines, le réseau social entre femmes où personne ne te demande de justifier ta légitimité avant de t’écouter.
Envie de papoter, de te faire des vraies amies et de refaire le monde avec des meufs qui te comprennent direct, sans avoir à prouver ta notabilité ? Rejoins Les Martines, le club des meufs qui prennent toute la place.




