Octobre, le mois où la terre entière vire au rose. Les vitrines, les maillots de foot, les yaourts, la façade de ta mairie.

Et toi, tu regardes ce joli ruban en te disant que c’est mignon. Sauf que personne, jamais, ne t’a montré le geste qui va avec.

Késako, Octobre rose ?

Ça commence en 1985, aux États-Unis. Une campagne montée par l’American Cancer Society avec la division pharmaceutique d’Imperial Chemical Industries, le groupe qui deviendra plus tard AstraZeneca. Objectif : convaincre les femmes d’aller faire une mammographie.

Le ruban rose, lui, n’existe pas encore. Il arrivera sept ans plus tard.

En 1992, Alexandra Penney, rédactrice en chef du magazine Self, prépare son numéro sur le cancer du sein. L’idée du ruban, elle ne l’a pas inventée : une Californienne de 68 ans, Charlotte Haley, fabrique déjà les siens à la main, couleur pêche, pour dénoncer le budget ridicule consacré à la prévention. Haley refuse de s’associer au magazine, qu’elle trouve trop commercial. Il faut donc changer de couleur.

Ce sera le rose. Evelyn Lauder, vice-présidente d’Estée Lauder, en fait distribuer 1,5 million sur les comptoirs de maquillage américains.

Immense ruban rose illuminé sur la façade vitrée de la gare de Sapporo la nuit, avec des passants en contrebas Le ruban rose géant illuminé sur la façade de la gare JR de Sapporo, au Japon, pour Octobre rose, le 1er octobre 2009.

Et bim. Le symbole le plus célèbre de la lutte contre le cancer du sein est né sur un rayon cosmétique, sept ans après la campagne qu’il est censé incarner, et sans la femme qui avait eu l’idée la première.

Sculpture en bronze de Botero représentant une femme allongée, coiffée d’un foulard rose au crochet, sur une place de Madrid La sculpture « Mujer con espejo » de Fernando Botero, place de Colón à Madrid, coiffée d’un foulard rose au crochet le 19 octobre 2018, à l’occasion de la journée mondiale contre le cancer du sein.

Le truc que personne ne t’explique jamais

Maintenant, la partie sérieuse. Celle qu’on n’a pas le droit de rater.

En France, l’auto-palpation n’est pas un dépistage. Elle ne figure dans aucune recommandation officielle à ce titre, et ce n’est pas un oubli administratif : deux essais menés en Russie et à Shanghai sur près de 390 000 femmes, analysés par la Cochrane, n’ont montré aucune baisse de la mortalité par cancer du sein, mais presque deux fois plus de biopsies pour rien.

Ce qui est officiellement recommandé, c’est ça, et c’est tout aussi peu connu :

un examen clinique des seins, observation et palpation, par ton médecin généraliste, ton gynéco ou ta sage-femme, une fois par an dès 25 ans. Rapide, indolore, et personne ne t’en a parlé non plus.

une mammographie de dépistage tous les 2 ans, de 50 à 74 ans, prise en charge à 100 % dans le cadre du programme national.

se palper, c'est se dépisterse palper, c'est se connaître

Alors pourquoi s’y mettre ? Parce que connaître ses seins, c’est repérer ce qui change. Et repérer ce qui change, c’est consulter plus tôt. L’autopalpation mammaire ne se substitue en rien au rendez-vous annuel ni à la mammo. Ce n’est pas l’examen. C’est le réflexe qui t’envoie le passer.

Self-check : le mode d’emploi que personne t’a filé

Comment vérifier ses seins, concrètement ? Ça prend environ cinq minutes, et ça ne doit pas faire mal.

D’abord, le miroir, avec de la lumière. Tu observes tes seins dans plusieurs positions : bras le long du corps, mains sur les hanches, bras levés vers le ciel, buste penché en avant. Tu cherches ce qui a bougé depuis la dernière fois.

Ensuite, tu touches. La pulpe de trois doigts (index, majeur, annulaire), joints et tendus, qui font de petits cercles en se déplaçant. La main droite pour le sein gauche, la main gauche pour le sein droit. Peu importe le trajet, en rayons depuis le mamelon, en lignes verticales ou en spirale, du moment que tu couvres tout le sein.

Et surtout, les zones qu’on zappe toutes : le creux de l’aisselle (les ganglions y vivent), sous la clavicule, le sternum entre les deux seins. Tu termines en pinçant doucement le mamelon pour vérifier qu’il n’y a pas d’écoulement. Debout, puis allongée. Puis tu recommences de l’autre côté.

Tes boobs sont comme ton tel : faut checker régulièrement.

La rédac des Martines

Quand la faire dans le cycle, et à quelle fréquence

Une fois par mois, à partir de 25 ans. C’est le rythme donné pour l’autopalpation des seins par les sources de référence.

Le bon moment, c’est après tes règles, quand les seins sont le moins tendus. Les sources divergent sur le nombre exact de jours, certaines disent deux ou trois, d’autres cinq. Autant retenir ce sur quoi tout le monde s’accorde : dans les jours qui suivent la fin des règles, et toujours au même moment du cycle. Avant et pendant, tes seins gonflent et deviennent sensibles, et tu vas flipper pour une glande qui fait juste son travail.

Pas de cycle, ménopause, contraception en continu ? Choisis une date fixe dans le mois. Le 1er, ton anniversaire, le jour où tu paies ton loyer. Ce qui compte, c’est la régularité, pas la date.

Les warning signs

⚠️ Une boule ou une masse, dans le sein ou sous l’aisselle, souvent indolore, plutôt dure, aux contours irréguliers.

⚠️ Un changement de taille ou de forme d’un seul sein.

⚠️ Une modification de la peau : rétraction, fossette, épaississement, rougeur qui s’installe, aspect peau d’orange.

⚠️ Une modification du mamelon : rétraction (le fameux creux), déviation, changement de couleur, croûte.

⚠️ Un écoulement spontané, verdâtre ou teinté de sang, en dehors de l’allaitement.

⚠️ Une douleur chelou, localisée, qui dure et ne ressemble à rien de connu.

Maintenant respire, parce que voilà l’info qu’on oublie toujours de donner : la plupart des masses du sein ne sont pas des cancers. Kystes, adénofibromes, changements fibrokystiques. La grande majorité de ce que tu peux sentir sous tes doigts est bénigne.

Dans le doute, consulte. Ce n’est pas être parano, c’est être prévoyante 💜

Il n’existe pas de sein “normal”

Pamplemousse, orange, citron. Voilà à peu près l’écart entre trois poitrines posées côte à côte, et aucune des trois n’est le modèle de référence.

C’est précisément pour ça que l’auto-palpation a du sens : tu ne compares pas tes seins à ceux d’une autre, tu les compares à eux-mêmes, le mois dernier. Le seul étalon valable, c’est toi.

+ de 60 000nouveaux cas de cancer du sein par an en France, le cancer le plus fréquent chez les femmes

La prochaine fois qu’une copine te dit qu’elle verra tout ça vers 50 ans, avec sa première mammo, réponds juste : l’examen clinique des seins est recommandé une fois par an dès 25 ans, il est rapide et indolore, et ta sage-femme peut le faire. ( Popcorn prêt 🍿 on attend sa réponse )

Sein prothétique tricoté en laine rose, posé sur fond blanc Une « knitted knocker », prothèse mammaire tricotée à la main puis offerte gratuitement aux femmes opérées d’un cancer du sein, par un réseau de bénévoles lancé aux États-Unis.

Entre Martines, on s’prévient

Quelque part, en ce moment, des meufs tricotent des seins en laine pour d’autres meufs qu’elles ne rencontreront jamais. C’est peut-être ça, la vraie définition d’Octobre rose, et ça n’a rien à voir avec un ruban en vitrine.

Octobre rose, c’est pas juste un ruban mignon. C’est un rappel : tes boobs méritent ton attention, comme le reste de ton corps qu’on t’a si peu expliqué (ton clitoris, ton utérus…). Check-les, parle-en, soutiens tes copines. Et si tu n’as personne à qui poser tes questions gênantes sur ton corps, c’est exactement pour ça qu’existe Les Martines, la communauté de femmes où on parle santé, seins, rendez-vous gynéco et trucs chelous sans baisser la voix.

Envie de papoter santé, corps, ou n’importe quoi d’autre avec des meufs qui te répondent direct, et de te faire des amies pour de vrai ? Rejoins Les Martines, le réseau social entre femmes où les meufs prennent toute la place.